Oct-Nov-Dec’2025
Je suis partie au Japon à ce moment de l’année où la nature se densifie, concentrant ses formes, ses fruits et ses parfums. J’y suis allée pour explorer la culture olfactive japonaise, me nourrir de ses nuances, chercher des sonorités dans le silence, ou plutôt apprendre à écouter ce qui s’y déploie.
Tout au long de ce voyage, j’ai tenu un journal olfactif, comme un outil de mémoire, mais aussi comme une manière de m’ancrer dans l’expérience.
Cette recherche trouve son origine dans une rencontre déterminante à Paris, celle de mon ami Tomo, qui, au fil des années, m’a introduite à la pratique du kōdō et, plus largement, à une première approche de la culture olfactive japonaise.
C’est à travers lui que j’ai découvert pour la première fois le bois de kyara, dans une expérience d’écoute où le parfum se perçoit au-delà de l’odorat, engageant l’ensemble du corps. Cette expérience a marqué un point de départ dans ma relation à cette matière.
Cette première découverte s’est ensuite prolongée dans le cadre de la Self Art Residency à Venise, en novembre 2022, où j’ai mené une recherche plus approfondie sur l’agarwood et ses différentes typologies. C’est également à ce moment-là que j’ai découvert la marque Di Ser.
Cette recherche s’est poursuivie au fil des années, gagnant en précision et en attention.
C’est dans ce contexte que, plus récemment, j’ai rencontré à Hokkaido la famille à l’origine de Di Ser, qui m’a accueillie avec beaucoup de générosité. Ils m’ont montré leur champ de roses et partagé leurs processus de laboratoire ainsi que leurs recherches.
Grâce à eux, j’ai pu découvrir les propriétés des hydrolats issus de la distillation de fleurs et de fruits, approfondir ma connaissance du bois d’agar et en percevoir des propriétés médicinales que j’ignorais. Lors de ce séjour, j’ai également eu l’occasion d’ingérer du bois d’agar sous forme de poudre, une expérience qui a transformé ma perception de cette matière de manière très concrète.
Une autre rencontre importante a été celle de mon ami Akane, que j’avais connu à Grasse il y a quelques années. Lorsque je lui ai parlé de ma recherche, il m’a proposé de me montrer certaines choses.
Nous nous sommes retrouvés au parc de Shinjuku Gyoen pour observer la transformation de l’automne et percevoir le parfum discret de l’osmanthus, une fragrance qu’il m’avait fait découvrir à Grasse et que j’ai ensuite reconnue tout au long de sa floraison, apparaissant dans les rues de Tokyo.
Nous y avons partagé un déjeuner très simple mais profondément parfumé. J’y ai découvert différentes variétés de raisins dont l’arôme révélait une dimension presque charnelle, juteuse, aux accents parfois tropicaux. Cette expérience faisait écho à une découverte précédente à Sapporo, où j’avais déjà perçu ce type de parfum dans un marché local.
Akane m’a aussi emmenée dans un sentō près de Tokyo. Là, j’ai découvert le hinoki à travers l’expérience du bain, dans des cuves faites de ce bois. Avec la chaleur et la vapeur, le hinoki libérait une odeur subtile et enveloppante, qui se mêlait aux notes minérales et légèrement sulfureuses de l’eau. L’ensemble créait une atmosphère dense, difficile à nommer, mais très présente.
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(aussi la nourriture (soba-riz-anko-chataignes-patate douce-sisho-kojinatto-culture Ainu—Le vin japonais) / l’expo de Takasago / des objets particuliers comme l’horloge d’encens ou le nerikō dans l’ambiance / le café de « super spécialité » et la continuité dans la découverte du thé avec le lien aux artistes de céramique (TTT à Paris et culture japonaise mêlée, l’artiste découvert à Copenhague, deux expériences liées à l’appréciation du gyokuro, le geste du matcha avec Tomo et la connaissance plus profonde du matcha avec Katsu à Sola la Cave))
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Ces rencontres ont constitué des points d’ancrage importants dans mon parcours. Je ressens pour ces personnes une grande gratitude et une forme d’admiration.
À travers ces expériences, j’ai commencé à percevoir plus clairement les liens entre les parfums, les arômes, les gestes de soin et une forme de contemplation plurielle de la nature. Une attention portée aux nuances, dans ce que l’on sent, ce que l’on goûte et ce que l’on observe.
Ce qui me frappe particulièrement au Japon, c’est cette capacité à percevoir les transformations subtiles de la nature et à leur accorder de l’attention. Une richesse que je n’ai pas retrouvée ailleurs avec la même intensité.
Ce que je nomme le silence n’est pas une absence, mais un espace chargé de nuances. Une forme de présence discrète, où rien ne cherche à s’imposer, mais où tout peut être perçu avec précision. Cette culture olfactive ne cherche pas la puissance, mais la subtilité, et dans cette subtilité, il y a une profondeur et une exigence qui demandent du temps.
Ce n’est pas ma culture d’origine, mais mon lien avec elle remonte à plus de dix ans, lorsque j’y ai vécu. Aujourd’hui, j’y retourne avec une attention plus consciente.